L’orgueil : comment le résoudre (1/2) par Patrick Morley


orgueil pan

Nous reproduisons ici le chapitre 16 du livre L’homme dans le miroir de Patrick Morley.


L’orgueil 1/2 (par Patrick Morley)

Je suis le plus grand. Non seulement je les ai tous mis K.O., mais en plus j’ai choisi le round pour le faire.

Muhammad Ali

Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles.

Jacques 4.6 – Segond

Je me demande si votre expérience des serveuses ressemble à la mienne ! Lorsque je sors prendre mon petit déjeuner à l’anglaise au café du coin, je suis d’ordinaire de bonne humeur, car je suis matinal.

Il n’y a alors rien de pire que d’avoir affaire à une serveuse revêche. Vous comprenez ce que je veux dire. Sans l’esquisse d’un sourire, elle vient vous poser sèchement la tasse de café en éclaboussant les poignets de votre chemise blanche. Quant aux couverts en argent, elle les jette littéralement devant vous !

Vous aviez demandé des œufs légèrement brouillés ; elle vous les apporte presque brûlés ! Vous en déduisez qu’elle déteste les hommes et que sa situation la rend amère. « Avec une telle attitude, il n’est pas étonnant qu’elle ne soit que serveuse ! », pensez-vous.

Au fil des ans, on commence alors à regarder les serveuses de haut. Observez comment les hommes traitent les serveuses la prochaine fois que vous irez au restaurant, et observez comment ils traitent leurs collègues.

Le problème

Les hommes ont le désir et le besoin de se sentir bien. Qu’y a-t-il de plus naturel et de plus bénéfique que d’être bien dans sa peau, d’avoir une bonne image de soi ? À partir de quand la fierté qu’on éprouve de soi-même et de ses performances devient-elle un péché ? Est-ce mal de bomber le torse quand notre fils marque un but pour son équipe lors d’un match de football ?

L’orgueil est un péché qui consiste à comparer nos forces aux faiblesses d’autrui. Pour nous sentir mieux et nous élever, nous écrasons les autres, parfois verbalement, le plus souvent mentalement. La façon la plus facile de regarder les autres de haut, c’est de choisir des gens qui ont une stature inférieure à la nôtre et qui ont moins de prouesses à leur actif. Sans compter qu’il est particulièrement facile de comparer les faiblesses d’autrui à nos forces.

Le péché d’orgueil guette tout chrétien. C’est le plus invisible des péchés. Il pénètre dans la vie du chrétien comme l’eau de la mer dans le fossé d’un château de sable sur la plage. Nous n’avons aucun effort à déployer pour le laisser entrer, mais il faut faire tous les efforts pour l’expulser.

Existe-t-il plusieurs types d’orgueil ?

Deux types d’orgueil

La Bible parle de deux types d’orgueil. Galates 6.4 traite de l’orgueil de type 1 : « Que chacun examine son propre comportement. S’il y découvre quelque aspect louable, alors il pourra en éprouver de la fierté par rapport à lui-même et non par comparaison avec les autres » (Galates 6.4). La clé d’une juste fierté de soi, c’est de ne pas se comparer aux autres.

Au lieu de mesurer notre valeur personnelle en nous comparant aux autres, la Bible nous encourage à procéder à un examen de soi. Elle est l’étalon, ou l’unité de mesure, dont nous devons nous servir pour nous jauger. Si l’examen se révèle flatteur, nous pourrons nous féliciter nous-mêmes, mais pas au détriment de quelqu’un.

L’orgueil de type 2 est un sentiment de supériorité non justifié qui guette tout chrétien. Comme les chrétiens qui marchent en étroite communion avec Dieu mènent une vie plus juste que certains, il leur est facile de les toiser de haut comme étant moins spirituels. Comme l’a bien dit C.S. Lewis, « un homme fier regarde toujours de haut les choses et les êtres ; il va de soi que tant qu’on regarde de haut, on ne peut voir ce qui est au-dessus de soi ».

Jésus a raconté une parabole à l’intention de ces gens, des hommes « qui étaient convaincus d’être justes et méprisaient les autres » (Luc 18.9). Un chef religieux priait Dieu et le remerciait de ne pas être comme le reste des hommes, voleurs, malfaiteurs, adultères, ni comme le collecteur d’impôts tout près de lui, mais d’être un homme bon. Le collecteur d’impôts, qu’on voyait généralement en compagnie de prostituées, de gloutons et d’ivrognes, priait lui aussi. Mais il n’osait même pas lever les yeux vers le ciel et suppliait Dieu d’avoir pitié de lui, car il se savait pécheur.

Christ conclut la parabole par ces mots : « Je vous l’assure, c’est ce dernier et non pas l’autre qui est rentré chez lui déclaré juste par Dieu. Car celui qui s’élève sera abaissé ; celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 18.14). En se mesurant au collecteur d’impôts, le chef religieux s’élevait au détriment d’un autre, car il se comparait à un homme faible et non au Dieu fort.

Pourquoi ne s’est-il pas comparé à Moïse, à Abraham ou au roi David ? Pourquoi vous et moi, nous comparons-nous fièrement aux autres hommes, pourquoi nous comparons-nous à l’homme qui n’est pas un mari aussi aimant que nous, ou à celui qui se déplace beaucoup et ne peut pas consacrer autant de temps que nous à ses enfants, ou au collègue de travail qui n’a pas les mêmes facilités intellectuelles que nous ? Nous mettons en avant les faiblesses des autres, parce que l’orgueil est un péché qui consiste à comparer mes points forts aux points faibles d’un autre homme.

Deux types d’humilité

De même qu’il y a deux types d’orgueil, il existe deux types d’humilité. Dans Romains 12.3, Paul confirme la définition de la fierté justifiée – la fierté de type 1 – et dit comment définir la bonne humilité – l’humilité de type 1.

En vertu de la grâce que Dieu m’a faite, voici ce que je dis à chacun d’entre vous : ne soyez pas prétentieux ; n’allez pas au-delà de ce à quoi vous devez prétendre, tendez au contraire à une sage appréciation de vous-mêmes, chacun selon la part que Dieu lui a donnée dans son œuvre régie par la foi.

Romains 12.3

Posséder l’humilité de type 1, c’est ne pas avoir de soi une opinion plus élevée qu’il ne faut. Il ne s’agit donc pas d’avoir une piètre opinion de soi. L’homme humble ne regarde pas les autres de haut. Il peut être fier et humble à la fois : fier de lui-même sans se comparer aux autres et humble en n’ayant pas de lui une opinion supérieure à ce qui convient.

Mais beaucoup d’hommes souffrent d’une fausse humilité. L’humilité de type 2 est le contraire de l’orgueil de type 2. Si je compare mes faiblesses à vos forces, j’aboutis à cultiver une image négative de moi. La dépréciation de soi est un poison nocif et épuisant pour l’âme et l’esprit. Le fait d’avoir de soi une opinion trop basse emprisonne autant l’âme que celui d’avoir de soi une opinion plus haute qu’il ne faut.

Conserver un juste équilibre

Le gymnaste qui marche en équilibre sur la poutre doit avancer avec confiance tout en veillant à ne pas tomber d’un côté ou de l’autre.

Nous avançons tous sur une poutre. Nous devons le faire en cultivant une juste association de fierté de type 1 et d’humilité de type 1. Et nous devons veiller à ne pas tomber d’un côté dans l’orgueil de type 2 ou dans l’humilité de type 2.

Si nous cultivons de nous-mêmes une opinion supérieure à ce qui convient, nous glissons et tombons de la poutre, du côté de l’orgueil de type 2. En revanche, si nous ruminons des pensées défaitistes, nous tombons de l’autre côté de la poutre, dans l’humilité de type 2.

La figure A illustre la poutre sur laquelle nous avançons pour conserver un juste équilibre entre la fierté et l’humilité. Fierté et humilité ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire, comme le montre la figure A, nous devons cultiver à la fois la fierté de type 1 et l’humilité de type 1. Nous ne regardons pas les autres de haut, mais nous avons jaugé et examiné nos actions, et en avons éprouvé de la fierté sans nous comparer aux autres. Nous n’avons pas de nous-mêmes une opinion plus élevée qu’il ne faut, mais nous entretenons de nous-mêmes des pensées justes et en conformité avec notre foi.

Ma fierté stupide

Mon plus vif désir après mes études universitaires, une fois entré dans le monde des affaires, était de devenir titulaire d’une carte de crédit American Express. Je la considérais comme la clé de la réussite qui indiquerait au monde que j’étais quelqu’un.

Mais je ne remplissais pas les conditions en n’ayant pas encore assez d’argent sur mon compte bancaire ; j’ai donc dû demander à quelqu’un de cautionner ma demande. Je souhaitais tant donner l’image d’un possesseur de cette carte de crédit que j’ai demandé à mon beau-père de se porter garant pour moi (ce qu’il a fait). Les responsables de cette carte ont indiqué sur la carte l’année où j’en suis devenu possesseur, où je suis devenu « membre » d’American Express ; plus les années passent, plus la fierté croît. Une fois j’ai aperçu des hommes qui, lors d’un dîner, comparaient la date figurant sur leurs cartes ; ceux qui la possédaient depuis le plus grand nombre d’années acquéraient le droit de se vautrer dans l’autosuffisance.

Equilibre entre l'orgueil et l'humilité
Figure A

Si vous appelez le responsable commercial de la société American Express et lui demandez de définir son produit, pensez-vous qu’il vous dirait : « C’est très simple, notre produit n’est qu’une vulgaire carte en plastique qui vous permet d’acquérir n’importe quoi, quel que soit l’endroit où vous vous trouvez » ?

Non, il vous répondrait plutôt que la carte American Express est un produit prestigieux. Toutes les initiatives que prend la société American Express ont pour but de rehausser l’idée que posséder cette carte, c’est acquérir du prestige.

C’est un besoin irrépressible de prestige qui m’a poussé de façon compulsive à posséder cette petite carte verte.

Lorsque la société American Express a lancé sa Gold Card, je n’ai pas éprouvé l’envie de la posséder. Pour posséder cette nouvelle carte, il fallait que son détenteur ait au moins 5 000 euros sur son compte bancaire. Je me suis alors dit : « Si j’en détiens une, mon prestige sera diminué ». Pourquoi ? Parce que j’avais sur mon compte bancaire une somme bien supérieure au montant requis. La possession de la Gold Card donnerait à penser aux autres que je n’avais « que » 5 000 euros.

Mais quand la carte Platine est sortie, c’était tout à fait différent ! Pour avoir le droit de posséder la carte Platine, il fallait avoir dépensé au moins 10 000 euros au moyen de la carte American Express au cours des douze mois écoulés. Quel prestige de figurer dans cette catégorie de gens ! L’obtention de la carte Platine vous permettait de passer aux yeux de n’importe qui comme un homme de statut social exceptionnel.

Problème : je n’avais jamais dépensé cette somme de 10 000 euros avec ma carte American Express normale ! Alors, avant même que la carte Platine ne soit officiellement lancée, j’ai fait tous mes achats avec la carte normale : billets d’avion, hôtels, vêtements, chaussures, bagages. J’ai été surpris de voir le nombre de commerçants qui acceptaient la carte American Express. C’était évidemment ce que recherchait la société American Express.

Son but consiste à susciter un volume d’achats plus important par carte. Un moyen d’y arriver est d’associer la notion de « prestige » qu’il y a à dépenser davantage. Le prix à payer pour jouir du prestige de la carte Platine est sept fois plus élevé que celui de la carte normale.

Je me suis rendu compte un jour que je ne possédais pas la carte Platine pour les avantages et les possibilités qu’elle m’offrait, mais pour me faire éprouver un sentiment de plus grande importance que les hommes qui ne la possédaient pas.

Je justifiais évidemment la possession nécessaire de la carte Platine par mes nombreux déplacements et tout ce que cela entraînait. Mais en réalité, je m’étais laissé enfermer dans le moule de ce monde. Je me contente de nouveau de la simple carte American Express (un peu de prestige vaut mieux que pas de prestige du tout !)

À trop vouloir d’une bonne chose

Dieu a béni mon activité professionnelle et m’a accordé abondance, prospérité et honneur. En discutant avec un ami et en me demandant pourquoi Dieu m’avait béni à ce point, alors que tant d’hommes plus doués que moi luttent pour réussir, il m’a répondu : « Dieu te comble parce qu’il te fait confiance ». J’ai précieusement conservé cette parole dans mon cœur. Mais avec le temps, je suis devenu satisfait de moi-même. Mon cœur est devenu orgueilleux. Ce n’était pas de l’arrogance, mais je regardais les autres de haut, en me vantant de mes résultats supérieurs.

Un jour, Dieu a décidé d’attirer mon attention en me montrant que sa confiance en moi s’étiolait. Il a décidé de me mettre à l’épreuve pendant deux ans. Mon affaire a commencé à péricliter. Cette mesure disciplinaire a été la meilleure des corrections et la période la plus profitable sur le plan spirituel. Je le revivrais volontiers.

Tous les hommes ont tendance à être satisfaits d’eux-mêmes et à oublier qui est Dieu et ce qu’il a fait pour eux. Moïse a averti le peuple d’Israël que lorsqu’il serait heureux, il devait louer l’Éternel et veiller à ne pas l’oublier.

Si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons et que tu y habites, si ton gros et ton petit bétail se multiplient, si ton argent et ton or s’accumulent, si tous tes biens s’accroissent, prends garde de ne pas céder à l’orgueil et d’oublier l’Éternel ton Dieu.

Deutéronome 8.12-14

Ni parent permissif, ni tyran

Une autre cause de la fierté de type 2 est l’absence de la crainte du Seigneur. La crainte de Dieu, dont nous parlerons au chapitre consacré à la crainte, est un concept difficile à saisir. Craindre l’Éternel, c’est haïr le mal, être consumé de révérence pour Dieu. Dieu est amour, mais il est également sainteté et justice. L’homme doit l’adorer avec crainte et respect car « notre Dieu est un feu qui consume » (Hébreux 12.29).

Un Dieu juste est digne de notre crainte respectueuse. S’il n’était pas juste, il serait soit un parent permissif, soit un tyran. Nous n’avons aucune crainte devant un parent qui permet tout, car nous pouvons toujours le dissuader de nous punir pour nos mauvaises actions.

Craindre un tyran oppressif équivaut à craindre l’injustice, c’est-à-dire recevoir ce que nous ne méritons pas. La crainte de Dieu est le respect que nous vouons au Dieu tout-puissant, parce qu’il a le pouvoir et l’autorité de nous donner ce que nous méritons vraiment. La crainte de Dieu maintient l’homme dans l’humilité ; l’absence de crainte de Dieu débouche sur la fierté de type 2, c’est-à-dire l’orgueil.

Le roi David a écrit :

En moi-même, je médite sur ce que déclare le méchant dans son péché ; il est insensé, à ses yeux, de respecter Dieu. Il se considère d’un œil trop flatteur pour reconnaître sa faute, et la détester.

Psaumes 36.2-3

L’homme qui ne craint pas Dieu devient tellement orgueilleux qu’il ne voit même plus son propre péché.


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Questions

1. Est-ce mal d’apprécier les éloges, de bomber le torse de fierté lorsqu’on est félicité ?

2. À votre avis, le péché d’orgueil est-il facile ou difficile à diagnostiquer par soi-même ? Pourquoi ?

3. Lisez Romains 12.3. Dans le contexte de ce verset, quel est l’un des moyens de définir l’orgueil mal placé ?

4. Lisez Galates 6.4. Décrivez le type de fierté recommandé dans ce verset.

5. De quelle manière l’orgueil de quelqu’un vous a-t-il causé du tort récemment ? À votre avis, comment la personne en question est-elle arrivée à cette attitude arrogante ?

Réponses possibles :

  • Elle est devenue imbue d’elle-même et a oublié qui est Dieu (Deutéronome 8.10-14, 17-19).
  • L’absence de crainte de Dieu (Marc 5.39-40).
  • Elle croit sincèrement ne pas avoir besoin de Dieu (Jacques 4.13-17).
  • Autres ?

6. Lisez Luc 18.14 ; Proverbes 3.34 ; 16.5, 18 ; 18.12. Qu’est-ce qui guette l’homme orgueilleux ?

7. Décrivez un domaine de votre vie (travail, conjoint, enfants) où l’orgueil vous fait mal. De quelle manière ? Comment réagir ?


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Auteur de l’article : Éditions Clé

Éditions Clé

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