Préface et introduction du livre «Pasteur et heureux de l’être» publié aux Éditions Clé


Préface – L’ambassade de la joie

Erwan Cloarec est président du Conseil National des Évangéliques de France (CNEF).

Cet ouvrage tombe à point nommé ! En 2022, à l’occasion des assises de la formation du CNEF, un défi de taille avait été identifié : le besoin de susciter en France, dans les 10 prochaines années, 1 000 nouvelles vocations pastorales. Ceci simplement afin de pourvoir aux départs en retraite à venir, sans compter les besoins liés aux implantations d’Églises nouvelles.

Fort de ce constat, l’ouvrage que vous tenez entre les mains remplit pleinement son office : donner envie d’être pasteur (et de le rester !). Il n’est donc pas un ouvrage de plus sur le ministère, mais un recueil d’inspiration. Un témoignage choral de ceux qui, après 10, 20 ou 40 ans de service, peuvent encore dire, dans un sourire communicatif : « Je suis heureux d’être pasteur ».

Au fil d’une galerie de 17 portraits, nous découvrons qu’il n’y a pas une seule manière d’être pasteur, mais plusieurs : plusieurs façons d’y être appelé, de le devenir ou encore d’exercer cette vocation. Chacun des témoignages décline ainsi, sur le thème de la joie, les différentes facettes du ministère de la Parole et les différentes couleurs ministérielles qu’il peut revêtir : la joie de faire naître à la foi et de conduire à Christ, la joie de multiplier des disciples et des communautés, la joie d’enseigner et d’enraciner, celle d’accompagner, de conduire ou d’exercer un service aussi passionnant que varié, etc.

Franchement, quel bonheur à la lecture de ces pages de me redire, en tant que pasteur, combien le ministère est une grâce autant qu’un privilège immense. Bonheur renouvelé de creuser la Parole, de servir le Dieu vivant, de paître son troupeau et d’être aux premières loges dans la contemplation de son action dans la vie de mes frères et sœurs. Pour autant, les témoignages ne le cachent pas : ce ministère est exigeant. Il comporte son lot de luttes et de combats et demande de s’accrocher. En ce sens, le lecteur trouvera au fil des pages de nombreux conseils de sagesse ou des confessions, aussi touchantes qu’authentiques, d’erreurs à ne pas reproduire ou d’écueils à éviter afin de tenir dans la durée. Je vous en cite trois, en passant. Le reste sera à découvrir, et à partager :

  • Ne pas faire du ministère votre maîtresse : l’unité du couple et de la famille est le premier cercle de bénédiction, une « fontaine » qui déborde ensuite sur l’Église.
  • Ne pas rester seul : le ministère est un travail d’équipe, une coopération où la complémentarité des dons transforme le fardeau en un « travail léger ».
  • Pratiquer la sagesse du sabbat, car c’est en acceptant de s’arrêter que le pasteur reconnaît humblement que c’est Christ, et non lui, qui bâtit son Église.

Alors, que vous réfléchissiez à devenir pasteur, cherchiez à savoir comment le rester quelques années encore… ou encore peut-être simplement à comprendre ce que vit votre pasteur et à savoir comment l’encourager, plongez dans ces récits. Ils vous rempliront d’une joie contagieuse, à n’en pas douter. Bonne lecture et bonne course à chacun au service du Roi.

Introduction – Philippe Viguier

Un appel à la joie

Notre Dieu est l’inventeur de la joie.

La joie, c’est sa spécialité. Il est le « Dieu bienheureux » (1 Timothée 1.11). En ce moment, dans la Jérusalem céleste, il y a des « dizaines de milliers d’anges en fête » (Hébreux 12.22).

Même si Jésus a vécu une vie éprouvante sur terre, elle reste définie par la joie (Hébreux 12.2). À l’heure de la puissance des ténèbres, alors qu’il s’apprête à souffrir le moment le plus pénible jamais enduré par un être vivant, Jésus prend encore le temps de partager sa joie avec ses disciples, une joie complète (Jean 15.11).

Le dictionnaire Larousse définit la joie comme un « sentiment de plaisir, de bonheur intense, caractérisé par sa plénitude et sa durée limitée ». Mais la joie que Dieu donne demeure. Elle est supérieure, plus forte que les épreuves, plus forte que le temps (Jacques 1.2-3). Et le Seigneur partage cette joie avec nous pour qu’elle devienne notre force (Néhémie 8.10).

La joie suit la présence de Dieu, et elle suit son œuvre.

Dieu veut nous voir joyeux. Son appel pour ses enfants est de porter le fruit de l’Esprit, d’être des ambassadeurs de sa joie.

Bibliquement parlant, le lien entre le ministère et la joie est direct. Lorsque nous œuvrons pour Dieu et avec Dieu, nous sommes sur le territoire de la joie.

En théorie…

Au début de mon ministère pastoral à Villeurbanne, j’étais choqué d’entendre des témoignages répétés d’enfants de pasteurs partageant une expérience négative : « Jamais je ne serai pasteur comme mon père, je ne veux pas vivre ce qu’il a vécu ! »

L’appel pastoral n’est certainement pas à prendre à la légère. Paul définit le ministère comme une « charge » (1 Timothée 1.5 ; 3.1). C’est un engagement fort. Les sacrifices à faire peuvent être nombreux. C’est un appel qui redéfinit les habitudes, les libertés, les responsabilités. « Si tu peux faire autre chose, fais-le ! » aimait provoquer Charles Spurgeon.

D’un point de vue humain, les obstacles sont multiples. Et nous devons apprendre des échecs passés et présents. Mais la vérité, c’est que notre joie ne nous sera jamais volée ni par Dieu ni par son œuvre. Ce travail-là, c’est toujours le malin qui l’accomplit, de concert avec le péché des hommes. La joie n’est pas une simple possibilité avec Dieu, c’est une promesse !

Le besoin criant de vocations

La population francophone n’a jamais été aussi nombreuse qu’aujourd’hui. Elle avoisine les 350 millions de personnes dans le monde. C’est vraisemblablement plus que la population de la Terre entière du temps de Jésus.

En France, la population évangélique a décuplé en trois générations. Gloire à Dieu. Une nouvelle Église est implantée tous les dix jours. Gloire à Dieu. Dieu accomplit de belles choses, mais le défi est d’autant plus grand ! La francophonie a besoin de bergers, de leaders, de prédicateurs, prêts à être équipés de la joie de l’Éternel pour faire avancer l’Évangile dans un monde réfractaire.

À l’âge de 17 ans, la lecture de ce cri du cœur du prophète Jérémie a changé ma vie :

Si je dis : Je ne ferai plus mention de lui,
Je ne parlerai plus en son nom,
Il y a dans mon cœur comme un feu dévorant
Qui est renfermé dans mes os.
Je m’efforce de le contenir, et je ne le puis.

Jérémie 20.9 – NEG

Peut-être as-tu déjà vécu cela aussi ? Ce feu intérieur de voir Dieu agir, qui brûle, qui déborde, qui t’a poussé vers le ministère. Peut-être pries-tu à ce sujet ? Ou peut-être lis-tu ce livre pour mieux comprendre comment accompagner ceux que Dieu appelle pour proclamer la Parole ? Ce livre est écrit pour toi.

L’approche de ce livre

Pour cet ouvrage, Jérémie Déglon et moi-même avons contacté des pasteurs que nous trouvons exemplaires dans leur joie et persévérance dans le ministère, en leur posant les questions suivantes :

  1. Comment as-tu vécu ton appel dans le ministère ?
  2. Quelles ont été tes plus grandes joies dans le ministère en réponse à ses défis ?
  3. Comment l’Église peut-elle aider les pasteurs à garder la joie dans le ministère ? Quels conseils peux-tu donner pour que les pasteurs restent « heureux de l’être » ?

Les témoignages sont les réponses libres de pasteurs, et épouses de pasteurs, qui déversent leur cœur en parlant de l’œuvre de Dieu dans leur vie. Chacun témoigne de la joie qu’il expérimente sous un angle précis, lié à ses dons, à son parcours ou à un appel spécifique.

Cet ouvrage s’adresse particulièrement à trois auditoires :

  • Premièrement, aux pasteurs qui cherchent à préserver leur joie dans le ministère face à la réalité de défis. Nous prions que ces témoignages soient un encouragement pour vous.
  • Deuxièmement, à ceux qui prient et réfléchissent à la possibilité d’entrer dans le ministère, en tant que pasteur ou femme de pasteur. Notre désir est que ce livre soit une fenêtre ouverte et honnête sur l’appel pastoral.
  • Troisièmement, de manière plus large, aux croyants fidèles qui participent à la vie de l’Église locale. L’épanouissement du pasteur, sa réussite, sa longévité, cela dépend aussi de vous !

Nous sommes reconnaissants pour la participation d’Anne-Sophie Bourrel et de Sandrine Segonne, qui témoignent de leur vécu en tant qu’épouses de pasteurs. Le ministère est souvent vécu en couple et il nous semblait indispensable d’honorer aussi la fidélité des épouses, si précieuses dans l’œuvre de l’Évangile.

Un regard vers le futur

Un des pires mariages possibles dans le ministère est celui d’un pasteur immature avec une Église immature. Un pasteur mature peut aider une Église à progresser. Une Église mature peut aider un jeune pasteur à progresser. Mais la combinaison de pasteurs qui ne sont pas équipés dans des Églises qui ne savent pas les soutenir est la source de bien des maux.

Nous pouvons tous être acteurs pour arrêter l’hémorragie.

Que Dieu nous donne une nouvelle génération de pasteurs qui aspirent à un haut standard de piété, de consécration et de persévérance dans la joie ! Qu’il suscite un renouveau de maturité dans les Églises locales pour participer à la préparation des vocations, à l’accueil des vocations et à la multiplication des vocations.

Notre prière est que les pasteurs joyeux dans le ministère se multiplient et que les Églises heureuses se multiplient, à la gloire de Dieu !


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Auteur de l’article : Éditions Clé

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