L’Église et l’évangélisation – atteindre les non-croyants.


Une réflexion de Tim Chester et Steve Timmis, extrait du livre « l’Église au quotidien ».

Le dimanche matin, à l’église, est le seul endroit où l’évangélisation n’a pas sa place à notre époque, parce que les perdus n’y sont pas.

Atteindre les quarante millions

Nous avons vu que 70 % de la population du Royaume-Uni n’a aucune intention d’assister à un culte. Cela représente plus de quarante millions de personnes. Aux États-Unis, le nombre avoisine les quatre-vingt-cinq millions. [Selon l’étude de l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question religieuse, un tiers des Français se disent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». Ainsi, 63 % de Français ne s’identifient à aucune religion contre seulement 37 % de Français religieux. L’étude a été menée en 2012 auprès de 50 000 personnes dans 57 pays.]

Ce pourcentage signifie bien sûr que 30 % de la population britannique fréquente occasionnellement une Église ou n’est pas hostile à l’idée de s’y rendre dans l’avenir, ce qui représente tout de même beaucoup de monde – environ vingt millions de personnes. La chrétienté traditionnelle a donc largement de quoi faire avec eux. Nous ne suggérons pas que les Églises laissent tomber les parcours découverte, les invités spéciaux aux cultes, les écoles du dimanche et ainsi de suite. Dans les années à venir, beaucoup d’Églises verront l’Évangile porter ses fruits grâce à ces activités. Nous prions que Dieu favorise ces occasions et nous nous réjouissons quand des Églises travaillent effectivement à atteindre ces personnes.

Mais comment atteindre les quarante millions ? Ou les quatre-vingt-cinq ? Ces questions sont fondamentales, parce que leur nombre ne cesse de croître.

Pour la petite histoire, les responsables d’Églises reconnaissent que nous atteignons principalement les indécis ou ceux qui sont ouvertement d’ex-pratiquants. Ces personnes « reviennent » à l’Église. Dans les années 1990, les recherches de John Finney ont démontré que les trois quarts de ces retours à la foi étaient dus aux ex-pratiquants. Mais le nombre de personnes qui retourneront à l’Église à l’avenir est en diminution constante.

Intéressons-nous à la fréquentation de l’école du dimanche.

Au Royaume-Uni, elle était de 55 % en 1900, 35 % en 1940 et elle a chuté à 14 % en 1970. En 2000, elle n’était plus que de 4 %. Si la tendance se poursuit, nous ne serons plus qu’environ 1 % en 2020. Un quadragénaire sur sept est allé à l’école du dimanche, ce qui signifie qu’un seul quadragénaire sur sept est susceptible de retourner à l’Église. À l’avenir, le taux de retours potentiels va régresser pour ne plus être que d’un sur vingt puis d’un sur cent. Penny Frank, de la Church Pastoral Aid Society, parle de « la dernière génération de l’Église », qui aura pour résultat que « les enfants de certains quartiers ne traverseront jamais le pont qui mène à l’Église ». 96 % des enfants britanniques grandissent sans jamais être en contact avec l’Église ou son message. Aucun d’eux ne pourra « retourner » à l’Église ! Bien sûr, ils pourront venir à l’Église pour la première fois mais ils n’y reviendront pas. Favoriser les retours n’est pas une stratégie d’avenir.

Le rapport de la Mission Shaped Church conclut :

La réalité sans fard est que nous faisons porter tous nos efforts d’évangélisation et d’implantation d’Église envers les 30 % les plus proches de nous – les indécis et ceux qui sont ouvertement d’ex-pratiquants. Mais le fond de la question demeure : qu’en est-il de notre mission auprès des 60 % restants ? Toute Église apostolique qui tire sa substance du caractère de Dieu n’a pas d’autre option que d’accomplir sa mission auprès des non-pratiquants, même si cela implique pour elle de trouver d’autres manières d’être et de faire, pour exister parallèlement à ce que nous sommes et faisons aujourd’hui. La tâche consiste à devenir une Église pour eux, parmi eux et avec eux, afin que l’Esprit de Dieu fasse d’eux une Église dans la culture qui est la leur.

Mission-Shaped Church: Church Planting and Fresh Expressions of Church in a Changing Context, op. cit. p. 40.

D’activités attractives à communautés attractives

Nous avons besoin de créer l’Église et la mission dans le contexte du quotidien.

Aux beaux jours de la chrétienté, les Églises étaient très fréquentées. Parfois par contrainte légale, mais plus souvent par contrainte sociale. Les Églises pouvaient donc légitimement parler de scrupuleuse proclamation de l’Évangile, puisque chaque dimanche, leurs sermons étaient centrés sur l’Évangile. Plus maintenant. Nous ne pouvons pas déclarer que nous prêchons scrupuleusement l’Évangile aux perdus par nos sermons dominicaux puisque la priorité de la plupart des perdus n’est pas de fréquenter l’Église. Notre mission doit nous faire sortir de l’église et de ses activités. Ce n’est pas une découverte, mais un rappel, car le mouvement évangélique moderne est né du constat que le Royaume-Uni n’était pas une nation chrétienne et qu’elle avait donc besoin d’être évangélisée ailleurs que dans les églises et leurs activités. George Whitefield et John Wesley prêchaient l’Évangile en plein air parce qu’ils n’étaient pas les bienvenus dans les églises et que les gens qu’ils voulaient toucher n’y étaient pas.

Nous ne pouvons faire comme si de rien n’était. Nous ne pouvons plus faire comme avant. Le changement dans l’évangélisation doit être qualitatif plus que simplement quantitatif. Lorsque les gens ne se tournent pas vers l’Église, nous partons souvent du principe que nous devons améliorer le « produit », le contenu de nos réunions. Nous cherchons une meilleure musique, des prédications plus percutantes, des présentations multimédias, des mises en scène. Mais nous devons réinvestir les brasseries, les cafés, les centres culturels. Nous avons besoin de lieux sympas, avec des gens sympas et de la musique sympa. Notre problème vient de ce que nous croyons que les gens viendront à l’Église si le produit est meilleur. Mais souvenons-nous que 70 % des Britanniques n’ont aucune intention d’entrer dans une église et que ce pourcentage augmente chez les jeunes.

Il ne sert à rien de blâmer les perdus.

Il ne sert à rien de blâmer les perdus parce qu’ils ne viennent pas ou de déplorer que notre pays dérive loin du christianisme. « Notre état d’esprit qui persiste à dire “ venez vers nous ” suggère que nous croyons sincèrement que ceux qui refusent de passer la porte sont hors de portée de Christ46. » Mais un agriculteur ne peut en vouloir à ses champs s’il a omis de semer et de récolter. Le dimanche matin, à l’église, est le seul endroit où l’évangélisation n’a pas sa place à notre époque, parce que les perdus n’y sont pas – pas tant que nous n’irons pas à leur rencontre, dehors, là où ils sont, là où ils se sentent bien, sur leur territoire.

Nous avons besoin de créer l’Église et la mission dans le contexte du quotidien. Nous devons penser à l’Église comme à une communauté de gens qui partagent la vie, la vie de tous les jours. Et le socle de la mission sera la vie ordinaire.
Et ainsi, nous aurons chaque jour l’Église et chaque jour la mission.


L’Église au quotidien
par Tim Chester et Steve Timmis.
À retrouver en librairie ou sur notre site.

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Auteur de l’article : Éditions Clé

Éditions Clé

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