Jackie Hill Perry – Un extrait de son témoignage.


Je suis ce que la bonté de Dieu peut faire à une âme une fois que la grâce l’a touchée.

Jackie

J’ai écrit ce livre par amour, un mot si souvent galvaudé. Ce travail d’écriture n’est pas un malentendu à propos de mes intentions, il en est la conséquence directe.
Avant de l’écrire, je vivais les mots. J’étais lesbienne ? Oui. Et maintenant ? Je suis ce que la bonté de Dieu peut faire à une âme une fois que la grâce l’a touchée.
(…)

Ce livre s’adresse aussi aux chrétiens (les « Je précise que j’ai toujours été un chrétien convenable »). Je n’ai pas toujours apprécié leur façon d’aimer la communauté homosexuelle. Entre la haine de l’étendard arc-en-ciel et l’absence totale de communication, mon amour pour l’Église m’a poussée à essayer de rétablir l’équilibre qui leur donnerait de l’amour pour ceux qu’ils sont appelés à côtoyer, la preuve évidente de ce qu’est Dieu.

Chapitre 5 – 2006

Je ne voulais pas aller en enfer.

C’est à ça que je pensais quand je pensais à elle. J’imaginais ce que ça devait être d’y vivre, encerclée par les flammes léchant ma peau, nue et complètement vulnérable. J’imaginais comment il pouvait être possible de ne pas avoir soif, quand la chaleur priverait mon gosier d’air chaque fois que j’ouvrirais grand la bouche, pour aspirer le souffle du feu, espérant qu’il pourrait étancher ma soif. Mon nez ne retiendrait plus jamais l’odeur du café ou le parfum des fleurs. Tout ce qui était mort serait inhalé. Tout ce qui était bon aurait disparu et resterait en mémoire comme des choses déjà acquises. Je marcherais, éternellement épuisée, cherchant la fin de l’obscurité, priant pour de la lumière, pour de l’espoir, pour une pause, une respiration, un câlin, pour recevoir un sourire, pour un éclat de rire, une prière qui serait entendue et qui aurait l’espoir d’une réponse.

Dieu entendrait mais ne parlerait pas. Verrait mais n’aiderait pas. La délivrance appartiendrait au passé et les sermons, que j’avais supportés sans jamais les prendre au sérieux, seraient les cendres dont je me nourrirais. L’enfer serait un choix délibéré et je devais décider si elle en valait la peine.

Je pensais : « C’est ce que tu as toujours voulu faire. » J’en avais seulement rêvé et l’idée d’être avec une femme avait longtemps occupé mes pensées silencieuses mais je n’avais jamais eu le courage de franchir le pas. Les quelques moments d’intimité avec des femmes, comme une amie me faisant la bise sur le palier ou saisissant mon bras le temps d’un éclat de rire, me faisaient toujours du bien et étaient assez addictifs. Ils duraient juste ce qu’il faut pour que je sache que j’en voulais plus et voilà que j’avais l’occasion d’en avoir plus. L’occasion d’attraper la luciole par l’aile avant qu’elle n’emmène sa lumière sous d’autres cieux.

« Oui mais, l’enfer ? »

Cet endroit sans lumière, composé de gens incapables d’aimer le sexe opposé, serait – d’après la dernière église où je me suis assise – l’autre facette de mon choix. « Je peux juste essayer et voir comment c’est ». Mon cœur et ma conscience tiraient chacun l’extrémité d’une corde que je ne pouvais pas voir, attendant que je décide qui allait tomber.

J’étais assise dans mon lit et ma conscience était plus bavarde que jamais. Je ne l’avais jamais entendu parler autant, ou alors j’avais juste pris l’habitude de ne pas l’écouter. Elle m’avait bien des fois avertie de ne pas fumer ça, d’arrêter de boire autant, de ne pas dire, de ne pas regarder ou de ne pas penser, et pas une fois je ne l’avais écoutée. Je faisais ce que je voulais. Ma conscience semblait plus préoccupée par ce qui est bien que par ce qui me paraissait bien et correct.

Quant à mon cœur, il me connaissait. C’était lui qui me dirigeait depuis l’enfance, me conduisant dans les cabanes en plastique marron. Quelques années plus tard, à sept ans, je regardais un porno chez des amis et mon cœur me disait de continuer de regarder, de ne jamais en parler, de me souvenir de tout ce que je voyais et de garder ça secret à la maison, même quand ma mère dormait. Maintenant, il voulait juste que je sois libre. Aussi libre que la luciole quand on l’a relâchée dans l’obscurité. Là, environnée de tant de nuit, toute cette noirceur rendrait son corps incandescent.

À travers les murs, la chambre, jusque dans l’extinction lente de ma conscience et les questions qu’elle me posait et que j’avais décidé d’ignorer, Dieu regardait.

Il voyait ce que ma bouche n’avait jamais dit et entendait ce que mon cœur chuchotait dans un souffle. Voilà l’illusion du jardin d’Éden, celle où deux pécheurs tout neufs prirent un arbre pour se cacher (Genèse 3.8). Persuadés qu’ils pouvaient se cacher du Dieu omniscient. Au lieu de confesser leur péché, ils le dissimulent derrière l’écorce, comme si la sève pouvait les libérer. Dieu s’avance vers eux, sans se presser, comme pour signifier qu’il vient en apportant l’apaisement de la grâce. Il leur demande où ils sont. Non qu’Il ne connaisse déjà la réponse, mais pour leur laisser la possibilité d’avouer. De ne pas simplement dire où ils sont, mais pourquoi ils y sont.

C’est le déni de péché, le refus de le confesser, le mépris de la connaissance parfaite de Dieu nous concernant et la crainte qu’elle induit qui ferment la porte à la repentance. Ce sont les dupes qui croient pouvoir se cacher efficacement de Dieu.

Où pourrais-je aller loin de ton Esprit,
Où pourrais-je fuir loin de ta présence ?
Si je monte au ciel, tu es là ;
Si je me couche au séjour des morts, te voilà.
Si je prends les ailes de l’aurore
Pour habiter à l’extrémité de la mer,
Là aussi ta main me conduira,
Ta main droite m’empoignera.
Si je me dis : « Au moins les ténèbres me couvriront »,
La nuit devient lumière autour de moi !
Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi :
La nuit brille comme le jour,
Et les ténèbres comme la lumière.
Psaumes 139.7-12

Mon secret n’avait rien d’un secret.

Mes péchés étaient tous à jamais devant Lui. Et ma conscience était cette fraîcheur du jour, cette balade matinale qui me disait qu’il n’y a nulle part où me cacher. Dieu écoutait et était prêt à répondre en murmurant d’une voix différente. D’une voix authentique qui dit :
« Si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de tout mal » (1 Jean 1.9).

Mais je ne voulais pas qu’il entende et pardonne. Je voulais seulement écouter les voix qui m’entraînaient loin de la lumière.

Je voulais la liberté qui se cachait dans l’obscurité.


Jackie.
La biographie de Jackie Hill Perry, autrice, poétesse et artiste hip-hop.
À retrouver en librairie ou sur notre site.

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Auteur de l’article : Éditions Clé

Éditions Clé

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